Bloguer ou ne pas Bloguer ? Question.
De la façon d'être con sans le savoir.
Couper la musique: ESC
Démarrer: F5 - sur ce billet
Sur une musique d'Henri Tachan
"La pipe à pépé"
Il suffit d'un rien, quelques minutes, pour entrer dans l'univers magique du blog msn, juste le temps de s'inscrire et voilà: spaces.msn.com/members/toto/... est né. Bienvenue!
Désormais, votre vie sera différente: vous ne serez plus seul comme une conne ou un con devant votre écran à surfer sur des sites web tous aussi prometteurs les uns que les autres mais vides d'une substance essentielle: votre ego, ah l'ego! et de l'émission instantanée de votre "tout" à d'autres, ces autres, comme vous, paumés du cyberespace; ça s'appelle partager ses émotions, ses hobbies, ses photos, ses états d'âme, la jolie photo du bébé tout neuf, la dernière beuverie du week-end, la recette de cuisne, la fameuse dépêche AFP, la photo humoristique du facho Sarko, son dernier voyage en Grèce, son projet de départ au Canada, en Chine, son idéal politique, sectaire, messianique, ses relais publicitaires, son humour rose ou noir... Bref, tout ce qui concerne des vies où finalement il ne se passe plus rien, ou si peu.
Voyez, regardez, ouvrez les yeux, là, dessous votre bureau, ça dégouline de la purée narcissique, ah!ah!... Et tourne le manège, jusqu'à l'ivresse! Encore un tour, m'sieur!...
Le cyberespace agit comme placebo aux misères, aux détresses de l'existence: enfin, vous existez dans l'illusion que vous donnez à autrui; masque.
Je n'ai jamais vu autant de gens qui se font des "bisous" sans se connaître ni d'Adam, ni d'Eve, que dans l'univers du web et notamment du blog: "bisous", "biz", "re" et "re"... Bizarre. Ces bisous virtuels, en mode binaire, "bit" - ou "bite?" - accompagnés des pratiques smylets pourraient-ils se manifester au réel ? Je doute.
Le blogueur (se) part d'un bon sentiment. Maître de céans, il reçoit volontiers son hôte de passage, allant même jusqu'à le solliciter en surfant de blog en blog, lâchant un com. ici, un autre là, cherchant le contact... et le retour d'ascenseur, c'est à dire le com. chez soi, et l'échange de lien, tacite mais quasi obligatoire pour que perdure la bonne entente, la communication et la pléthore de soi sur l'espace communautaire msn et/ou cie.
"Lâchez vos coms! - sous-entendu: "Faites-moi exister, je vous en prie, moi qui ne suis qu'une conne ou un con devant mon écran. " Pourquoi je communique par l'Internet? Bah, je sais pas... c'est moderne... et puis pourquoi pas, hein ?"
Ben vi, effectivement, pourquoi pas. Mais, mais... Qui grossit les rangs des blogueurs assidus (toute la sainte journée ou la nuit) ? Eh bien, sachant qu'en principe la majorité des gens bossent en semaine, voilà le profil des assidus: Rmistes, chômeurs, handicapés, retraités, secrétaires, artistes en quête de, profs, collégiens, rentier solitaire...Toute catégorie citée qui a soit du temps devant soi, soit qui s'ennuie au boulot et cherche un dérivatif, voire encore, comme les profs, qui cherchent encore et toujours à transmettre en communiquant - et qui disposent de large vacation et vacances. En visitant les différents blogs, on s'aperçoit assez vite de la densité du contenu et donc du temps passé sur l'espace msn et cie, car la maintenance d'un blog c'est un vrai boulot, dès le petit matin... surveiller les stats... répondre aux coms... déposer ses propres coms chez les blogueurs amis ou listés, voire surfer à la conquête d'autres avenues du cyberespace. Oui, tout cela prend beaucoup de temps et ce n'est ni compatible avec une vie professionnelle pleine, ni avec une vie privée installée durablement - enfin, installée quoi.
Rien à voir avec le blog qui contient entre 10 et 20 billets; menue monnaie. Non, le blogueur pro. est un inactif social tout entier tourné vers son univers: ce "rien social". D'ailleurs, le blog moyen - blogueur actif social - au mois et encore, ne compte guère que quelques billets, puis les choses stagnent, quand elles ne s'arrêtent pas.
Alors, alors, l'univers du blog est avant tout dévolu aux chercheurs d'occupation; leurs délires à hauteur des 30 MO.
Le blogueur participe d'une euphorie collective et d'une illusion. Ici ou là, on traite de sujets de société souvent graves, qui captent et retiennent l'attention, moissonnent des coms aimables, tout de compassion face à l'engagement; plus loin, on parle du Sida, de la faim dans le monde, du Gothique, du libertinage, de l'humour, de la connerie... A cet autre carrefour, l'exhibitionnisme d'aucuns dévoile un cul, un bout de sein - promesse d'un autre possible -, sinon le portrait de famille: bébé, cousin, tante, grand-mère, etc. Partout, le slogan semble dire: "Ici, c'est pas comme ailleurs, c'est moi, ma vie, mon oeuvre."
Quant aux coms, rarement impertinents et sincères - sauf sur des espaces où le visiteur peut se lâcher - ils relèvent de la flatterie, de l'hypocrisie, voire de la connivence.
Je n'ai pas échappé, bien entendu, au rendu que je donne; j'ai choisi le parti des cons, et je ne me cache pas.
En tout état de cause, il y a une vraie frénésie du blogueur, une course vers lui-même par le reflet d'autres interposés, la résultante étant la vérification systématique des "stats", des gens, des noms qui passent, des coms, le pompon allant à l'affichage d'un compteur, l'anxiété virant alors à la " maniacocomptomanie".
Enfin, et c'est le pire, la délation existe, feutrée puis sournoise, de blog en blog, elle se déguise, se faufile et frappe; des blogs disparaissent: victimes de jalousie, haine et de cette arme puissante: l'adoration de soi, alias narcisse qui n'hésite pas à user des coups bas pour mieux exister. Triste guerre à coup de possession d'abonnement par FAI interposé, sous le prétexte fallacieux du : "A mon blog, je me dois! J'EXISTE!!!"
Permettez que je sois sceptique quant à la fraternité du web, et de l'humanité en générale.
C'était juste un billet, comme ça, pour la reprise.
Je devais vous le dire.
Que faire? Rien. Continuer l'illusion.
PlumitifCon